Vertus personnelles : agir authentiquement février 8 2012
Infos : , rétrolienII. Vertus personnelles
« Que l’homme aille dans le monde et le monde lui sera hostile. C’est inévitable. La monde hait les individualistes. Mais cela ne les dérange pas, ils restent calmes et indépendants. Si on leur prend leur manteau, ils donnent leur tunique, afin de montrer le peu d’importance des biens matériels. Si on les trompe, ils ne rendent pas la pareille. A quoi bon ? Ce que les gens disent d’un homme ne le change pas. Il est ce qu’il est. De toute façon, l’opinion publique est sans valeur. Même si l’on use de violence à leur égard, ils n’en deviendront pas violents pour autant. Ce serait tomber bien bas. Après tout, même en prison, un homme peut être totalement libre. Son âme peut être libre. Sa personnalité intacte. Il peut être en paix. Et par-dessus tout, les individualistes ne doivent pas importuner les autres, ni les juger aucunement ». Oscar Wilde.
Quand quelqu’un dit qu’il veut vivre et se plonger dans le moment présent et profiter de chaque instant, c’est souvent parce qu’il a une maladie très grave, peut-être même incurable. Il peut alors se rendre compte que c’est à ses derniers moments qu’il se sent vivre, exister, réellement, qu’il retrouve l’authenticité, une sensibilité éveillée, une disponibilité de la conscience, pour ressentir la présence de ce qui vit.
Le monde contemporain semble au contraire être pour beaucoup de personnes un simple rêvé éveillé où l’on se laisse vivre (le faire sans le vouloir), en se projetant dans un avenir avec son cortège impressionnant de stars et de paillettes, sa culture de la servilité face aux dominateurs (et non pas forcément les forts), son amour immodéré de l’argent (comment gagne-t-il sa vie ? Qu’est-ce qu’il fait ? est égal à une question sur son insertion économique, sa place dans la société comme système de production-consommation, et donc sa fortune personnelle). Cette vie sera une vie où l’on laisse en réalité les autres choisir, fixer des objectifs, pour soi ce qu’on doit être et ce qu’on doit devenir. On peut alors être la proie de la publicité, de certains profs, des magazines, ou des manipulateurs de toute sorte qui tendent à nous présenter un modèle de vie indigne pour l’humain, et qui implique globalement une baisse catastrophique des conditions de vie de la plupart des êtres vivants.
C’est la raison pour laquelle les philosophes soutiennent que la vie humaine est la vie examinée, c’est-à-dire une vie où l’on réfléchi par soi-même, en ayant trouver un sens.
Cette vie réfléchie nous apprend à voir le réel présent, le non-acceptable (il existe parce qu’il est accepté, et il est accepté parce qu’il n’est pas vu), à lâcher prise par rapport à ses soucis (prochain contrôle de math, vacances familiales catastrophiques en vue, forfait téléphonique épuisé…) pour être plus sensible aux émotions, à la beauté. Etre soumis peut donc se résumer au fait de ne pas pouvoir voir. On ne peut alors pas voir que la télé m’a montré telle chose, que l’évènement x des journalistes n’est pas forcément ce qu’il y a de plus important, que le geste de s’asseoir en voiture ou celui d’avaler un cachet n’est pas un geste anodin, opaque…
J’éteins ou je me désemcombre de ma télévision
L’essentiel est que la télévision soit allumée. On regarde « la télé », pas le contenu du programme, et les « meilleures » émissions de télévision sont celles où l’on parle de la télévision, dit essentiellement du bien de la télévision, (analyse d’autres émissions, coulisses, archives revitalisées comme émissions-souvenirs, télé-réalité bidonnée qui est un narcissisme du média lui-même s’observant en train de créer de la réalité…), les meilleures émissions de radio sont des revues de presse…: les médias, célébrant d’abord leur propre pertinence, parlent des médias, c’est leur meilleur sujet.
De « Loft Story » à « Secret Story » en passant par « L’île de la tentation », la télé-réalité ne joue pas seulement sur les huis-clos dont la clé est la tension érotique, elle cultive aussi les facettes les plus médiocres de la nature humaine : on accepte de prendre un bain de purin, on se livre à des stimulations sexuelles sur un cheval, on s’injurie à longueur d’antenne…
De plus, la télévision est un média où l’image (donc le spectaculaire) à la part la plus importante, avec des informations peu fouillées.
Je vote, blanc, quelqu’un comme Coluche, ou je m’abstiens (http://www.touscandidats2012.fr/)
« Si quelqu’un se sent pourvu d’une nature assez riche pour qu’il puisse entrer en relations étroites avec des personnes de grande valeur et répandre autour de lui la sérénité dans la vie des autres par la dignité et la douceur de son comportement, pourquoi diantre irait-il manipuler des congrès de parti politique ou des organes de presse et entretenir des relations humaines aussi vides et pompeuses que celles d’un politicien ? Il est certain que personne n’a envie d’être un charlatan s’il peut se permettre d’être sincère ». Emerson.
Selon moi, le fonctionnement publicitaire de l’économie et le fonctionnement publicitaire du politique, c’est la même chose : ces deux mondes ont fusionné où les mêmes publicitaires vendent des voitures et l’image du politicien. Le politique, souriant à la télé, dont son discours, se retranchant dans le discours des grands principes et des leçons de morales, n’est donc que l’un des modes publicitaires administratifs, dépassés, de communication, comme peut l’être le sport à la télé ou certains films du cinéma. Il s’agit ici par conséquent de cesser d’imaginer qu’il existe un domaine du politique dans les coulisses du show-business publicitaire : l’image du politique est là, à la télé, c’est-à-dire, avec un narcissisme incessant et obsessionnel se célébrant lui-même, qu’il nous fait des promesses (comme la publicité) du bonheur, nous fait conserver, un espoir, une attente, d’en découvrir un ou une qui ne serait pas comme les autres. Mais le politique fait partie du problème, pas de la solution : sa caractéristique propre semble être son inaction : ne rien dire sur la réel, et ne rien faire, le plus souvent et le plus longtemps possible.
Le système public est par conséquent devenu un simple spectacle publicitaire mesuré à l’Audimat, et son mode d’expression est l’applaudissement (comme les rires préenregistrés ou commandés à un public par des messages lumineux).
En résistance à cela, voter blanc, c’est dire un « non merci » très poli contre ce mode de fonctionnement, mais résistif. Ce type de vote fait tellement peur aux politiciens qu’ils ne le comptent pas. Ou peut-être le comptent-ils en coulisse et gardent les chiffres pour eux ?
« Le sort du pays ne dépend pas de la manière dont vous votez le jour de l’élection – à ce jeu-là le pire des hommes est aussi fort que le meilleur des hommes — il ne dépend pas de tel ou tel morceau de papier que vous mettez dans l’urne, une fois par an, mais il dépend de l’homme que vous mettez dans la rue tous les matins quand vous sortez de chez vous ». Thoreau
Je boycotte et regarde d’un mauvais oeil les ‘grandes’ structures institutionnelles
Pourquoi les pays pauvres vont-ils toujours aussi mal après un demi-siècle d’interventions incessantes de la part des institutions internationales, fort contentes d’elles au demeurant ?
Les aspirations des individus et des peuples à un avenir plus vert et éventuellement plus équitable ont été confiées à des structures de pouvoir. Nos aspirations « remontent », depuis la base, à l’intérieur d’une pyramide de pouvoirs dont le sommet est occupé par des institutions internationales. La bureaucratie grise s’y donne faussement les couleurs de l’arc-en-ciel et brille sur les sommets : sommet de la Terre ou sommets intergouvernementaux, climatiques, scientifiques, commerciaux… Puis nos aspirations « redescendent » vers la base sous forme de retombées institutionnelles : grands textes, nouvelles taxes et régulations, rarement autre chose (en France par exemple, les Agences de l’Eau font payer le consommateur final une taxe sur l’eau pour permettre aux industries polluantes de moderniser leurs installations…).
Pour réformer notre pays ou pour réformer le monde nous empilons les textes, textes de loi inapplicables ou dont les décrets d’application ne paraissent jamais, directives et recommandations, rapports d’experts et innombrables études des divers comités (le geste même du comité d’éthique est un geste anti-éthique), conseils et commissions chargés de… ne pas traiter les problèmes : la désuétude des institutions par lesquelles nous nous imaginons que nous pouvons agir sur le réel est l’une des catastrophes lentes les plus universelles aujourd’hui.
Lorsqu’on relit dans cet esprit le fameux rapport Brundtland (rapport a popularisé l’expression de « développement durable ») d’un bout à l’autre, on se pose nécessairement des questions sur sa cohérence interne et son rapport au réel. Un premier tabou me semble remarquable, qui est un tabou conceptuel : le rapport Brundtlant veut absolument éviter de laisser apparaître une contradiction entre les deux objectifs visés : protéger l’environnement et enrichir les pays pauvres. Par une sorte d’axiome général bien-pensant, on ne peut à aucun moment imaginer que les dégâts écologiques sont le fait des riches de la prospérite et que l’enrichissement des pauvres va donc considérablement aggraver l’impact écologique de l’humanité sur la planète. En ignorant le problème principal du réel, par axiome, on s’enferme dans le monde clos du discours vertueux et moralisateur. Si chacun de ceux qui vivent avec deux dollars par jour ou moins encore – près de 3 milliards de personnes – devait élever son niveau de vie à la hauteur de celui de la moitié riche de l’espèce humaine, la facture entropique ferait basculer la biosphère dans un régime de température radicalement nouveau qui menacerait potentiellement l’humanité d’extinction. Si la consommation de pétrole dans le tiers-monde croissait par exemple au niveau européen durant les trente prochaines années, les conditions de vie dégénéreraient au moins dix fois plus rapidement qu’aujourd’hui.
Si aussi les taux chinois de consommation par habitant atteignent le niveau du Premier Monde, cette seule hausse du taux de production et de consommation (multipliée par la population chinoise) se traduira par une hausse de la production ou de la consommation mondiale totale de 94% dans le cas des métaux industriels. En d’autres termes, si la Chine atteint le niveau du Premier Monde, cela doublera approximativement l’utilisation de ressources et l’impact de l’homme sur l’environnement dans le monde entier.
Nous pourrions périr de vouloir être « durables » par une stratégie qui n’est pas elle-même soutenable, celle de la surenchère de complexification institutionnelle. Si nous croyons vraiment que seuls les hauts fonctionnaires peuvent nous sauver, alors effectivement tout est perdu. De plus en plus, les problèmes que nous posons en termes de pouvoir restent sans solution. Les deux hypothèses que la technocratie diffuse, dans son propre intérêt, sont : confiez-nous ces problèmes, car ils sont trop complexes; et donnez-nous plus de pouvoir, car c’est de cela que dépendent les solutions.
Le citoyen réalise alors simplement qu’il ne peut rien faire, que le changement ne dépend pas de lui, que ce n’est pas entre ses mains. Il attend le Grenelle de l’environnement en France, l’application de lois environnementales ailleurs en Europe ou un quelconque plan ambitieux des agences onusiennes dans le monde. Bref, il attend que les institutions prennent les décisions à sa place et éventuellement les lui imposent.
Ne pas déléguer à un savoir « supérieur », c’est par exemple ne pas accepter comme procédure d’action la nomination d’une commission qui fera un rapport et formulera des recommandations, ou ne pas accepter qu’un problème soit traité par une taxe ou un impôt nouveau, c’est-à-dire par un renforcement des moyens du pouvoir.
Parmi les engagés de cette croisade pour le bonheur planétaire, les cafés Malongo, mais encore des noms aussi prestigieux que le groupe Accor, les magasins Auchan, Carrefour, le groupe Trois Suisses-International, Monoprix, PSA (peugeot Citroën), les automobiles Renault et même la compagnie de Taxis G7 et ses grosses berlines dieselisées.
On y trouve encore Bolloré, Danone, L’Oréal, PriceWaterhouseCoopers, quelques spécialistes de la chimie : Sanofi-Synthelabo, Aventis, Novartis, quelques spécialistes de l’armement : Lagardère, Dassault, le leader mondial du nucléaire : Areva (ex-Cogema) ou encore le pétrolier Total (ex-TotalFinaElf), ses forages birmans et ses super-tankers, capables au besoin de livrer directement sur les plages de Bretagne, ou d’ailleurs…
Promoteurs de déchet nucléaires et armateurs de poubelles flottantes, la liste serait trop longue à établir.
Je me méfie de certaines ONG
Sur le «marché» de l’humanitaire, aux perspectives de croissance prometteuses, s’agissant de produits gratifiants pour les contributeurs, certaines ONG sont en concurrence entre elles pour trouver ces contributions. Elles ont ainsi adopté des stratégies marketing, dérivées de celles des entreprises privées; afin de conquérir des « parts de marché » dans les dons. L’un des aspects les plus visibles de la mercantilisation des œuvres caritatives est sans doute l’augmentation significative des budgets publicitaires. Parmi cette offre fragmentée, se cachent des ONG qui servent de devanture à des gouvernements, des lobbys, des organisations religieuses, des organes politiques, voire des sectes et des groupes mafieux.
Je me méfie de l’actualité des médias en boycottant certains journaux
Notre civilisation technologique, qui se croit société de l’information, donnant l’impression de parler de quelque chose, d’ouvrir l’esprit, est très largement une société de l’information vide qui ne parle que de lui-même, du même monde clos de la médiation devenue sans objet, ni signification. Suivre en effet l’actualité en continue n’apporte absolument rien, à part une perte de temps pure et dure : on passe d’un sujet d’actualité à un autre sans bien comprendre le pourquoi” (un accident de bus a fait 16 morts en Inde”. C’est bien triste, mais ce type d’information ne nous apporte rien).
En résistance à cela, il suffit de ne pas lire les journaux et de ne pas passer son temps à en parler. Cet homme-là, une sorte de sauvage à l’intérieur de la civilisation, est susceptible de voir le réel, et même d’y agir.
Je dénonce la pédogie noire et/ou je descolarise mon enfant s’il est nécessaire
« Un jour tout s’est accéléré j’avais loupé quelques jours de cours après m’être mutilé trop profondément, j’avais été à l’hôpital… Bref, je suis revenue au lycée toujours mal, mais angoissée aussi je crois, oui c’est ça c’était de l’angoisse. J’avais une boule au ventre désormais chaque matin, à chaque heure de cours. Et j’aurai préféré me tromper. Car tout a empiré. Le jour de mon retour en levant la main l’un des trois garçons qui me harcelaient a vu les bandages à mes poignets et là tout est devenu plus violent. Il me sortait des phrases comme pourquoi tu te suicides pas pour de bon ? ‘, saute par la fenêtre ça fera une paumée en moins’, tu veux que l’on t’aide à finir le travail’. Mais la pire de toutes celles qui restera à jamais dans ma tête c’est… tu veux qu’on t’achète une corde ? ». Sophie, élève de 3ème.
Rousseau a introduit l’idée qu’un enfant doit prendre plaisir à son enfance – que cet âge est une période spéciale, à respecter et à protéger pour que les enfants puissent porter à maturité leurs instincts naturels. Il appelait alors les parents à ne plus tenter de raisonner avec leurs enfants et à les laisser vivre la joie pure de l’enfance.
Mais nous enfermons nos enfants, dès avant le lever du jour et souvent jusqu’au soir, après des centaines d’heures de formation, pendant des années et des années, dans des écoles d’où ils sortent en grande majorité sans avoir acquis ni connaissance scientifique réelle, ni langue étrangère (un cadre commercial apprend à parler une langue en quelques mois lorsqu’il en a besoin), ni l’amour de la littérature, en ayant au contraire appris l’apprentissage scolaire de la soumission temporelle (rien n’est plus grave que d’être en retard ou absent, car c’est une insoumission temporelle, une réappropriation coupable de son propre temps), de l’humiliation — à l’exception d’une petite minorité qui prendra la relève des élites arrogants chargés de maintenir ce système : peut-on concevoir pire désastre que cette catastrophe lente d’une école et d’une université qui accentuent et en réalité valident les inégalités sociales et culturelles qu’on lui demande de corriger ?
Pourquoi les cours de français désintéressent-ils beaucoup plus efficacement de la littérature et de la poésie qu’ils n’y intéressent? Pourquoi préfère-t-on se retrouver malade chez soi que de prendre son gros cartable? Pourquoi un système aussi contre-productif que l’école continue-t-il à fonctionner, à un coût exorbitant, sans susciter de révolte, ni sociale ni individuelle ? Parce que ce système marche bien, en réalité, il fait ce qu’on lui demande… dans l’hypothèse de la soumission symbolique.
Silence dans les classes, élèves en rangs dans la cour, dialogue inexistant avec les adultes de l’établissement, toute-puissance des enseignants, travail réduit à la restitution passive des connaissances, les événements de mai 68 avaient résumé ce constat en un slogan efficace : le « lycée caserne ». Les victimes en sont le plus souvent les élèves en difficulté, c’est-à-dire majoritairement ceux d’origine sociale modeste.
Beaucoup plus que du contenu des cours de lycée et de collège, on se soucie de la présence en cours (plus ou moins calme et silencieuse), c’est-à-dire de la soumission aux flux scolaires, flux de paroles subies, flux de programmes administrativement imposés, flux de notes et de passages dans la classe supérieure. Beaucoup de gens ne s’intéresseront jamais à Molière uniquement parce que leur professeur de français les en a dégoûtés, alors qu’ils pourraient très bien avoir un rapport personnel à l’œuvre, à la culture, sans passer par les institutions.
L’institution ne se soucie pas de la rentabilité éducative réelle, de la valeur-information, de la culture comme réalité humaine, intime, vécue – de nombreux enseignants s’en soucient, mais de leur propre initiative, dans une logique de micro-actions individuelles. La scolarité est validée institutionnellement par le diplôme, cela seul importe. Car il valide la soumission symbolique. Dans le système scolaire français, l’immense différence de valeur entre les différents diplômes devient subitement compréhensible si on les considère comme des certificats de soumission symbolique. Les études demandant la soumission symbolique la plus précoce et la plus intense ont le plus de valeur, il en sort des ministres et des élites. Les études qui développent le soi et ses capacités autonomes ont d’autant moins de va leur : ne préparent-elles pas des non-soumis ?
Le système français des « grandes écoles » manifeste le retard structurel de la France, dont les élites sont sélectionnées par la soumission scolaire dans un système de concours, et non par un contact avec la réalité, la vraie, celle du monde extérieur – dont justement l’école essaie de se « protéger » et de protéger ses élèves, les préparant ainsi admirablement à une vie d’assistés pour les anonymes, et à une vie de dirigeants « protégés » du réel pour les plus méritants.
Si l’élève dort à moitié parce qu’on l’a obligé à se lever trop tôt, s’il vient d’être insulté et malmené dans la cour, s’il pense à sa famille dans laquelle tout va de plus en plus mal. Ce serait un peu trop facile, à la fin du trimestre, de dire qu’il a des « difficultés de compréhension » alors que d’autres élèves comprennent bien les explications de ce prof qui explique si bien. Chercher à faire honte, pour « éduquer », est une mauvaise méthode, pas seulement parce qu’elle consiste à faire du mal à quelqu’un, mais parce qu’elle est inefficace. La pédagogie de la honte est catastrophique à cause des effets sur les victimes : elle fabrique des individus manipulables et facilement abusables, on préinstalle chez eux une « manette à manipulation morale ».
D’ailleurs ce qui se passe à la sortie du collège puis du lycée, on se rend progressivement compte qu’on est en permanence jugé, évalué, on prend l’habitude de tout comparer et de tout mettre en compétition. On subit le côté violent et hypocrite des relations sociales.
L’apparence physique (poids, taille, couleur ou type de cheveux) le sexe, l’identité de genre (garçon jugé trop efféminé, fille jugée trop masculine, sexisme) un handicap (physique, psychique ou mental)… L’appartenance à un groupe social ou culturel particulier… En clair « des centres d’intérêts différents » constituent les principaux vecteurs du harcèlement en milieu scolaire.
Nous n’avons plus besoin des casernes scolaires et des usines scolaires de l’ère industrielle. La réappropriation de la culture par l’individu, la réappropriation des savoirs et des arts suppose la prise de conscience très nette de la différence entre savoir et savoir imposé. La culture dont nous avons besoin serait une culture qui a perdu sa dimension de soumission. Voilà pourquoi l’école, l’institution scolaire (bureaucraties administratives et corporatisme syndical confondus) est un adversaire systématique des technologies de l’information et de la communication et de leur système de valeurs.
Le premier travail du soin de soi, du soin d’une personne humaine, est la mise à disposition de contenus culturels consistants qui permettent un apprentissage des modes de développement, des potentiels et des significations d’une existence humaine. L’homme ne grandit pas aujourd’hui dans une communauté culturelle suffisamment soucieuse de cet apprentissage. La vie du footballeur ou de policier américain, la vie de star du cinéma ou de la chanson, des vies de pures spectacle, fabriquées comme images de soi par l’industrie du show-business, tels sont les éléments de repérage dont nous gavons nos enfants. Les anonymes se fantasment en pipoles, ce qui les maintient très efficacement dans la soumission symbolique.
L’action clé réside dans la formation des personnes, formation intérieure de soi par soi en réseau avec d’autres personnes, consistantes et bienveillantes.
Pour finir, c’est bel et bien un modeste employé du bureau des brevets de Zurich, un certain Albert Einstein, qui n’avait pas pu s’insérer dans l’institution universitaire après sa thèse, qui a renversé la physique qu’enseignaient toutes les institutions scientifiques du monde.
Je favorise ce qui est local, petit, et dont la communication n’est pas essentiellement publicitaire
« Où vont les 100 euros payés pour une paire de Nike à la caisse de l’hypermarché ou de la grande surface spécialisée en articles de sport ? Sur 100 euros constituant le prix de la paire de chaussures : 39, 88 euros vont au distributeur alors que 1, 78 euro est consacré à la main-d’oeuvre ayant confectionné la paire de chaussures. Vingt-deux fois moins… Pis encore, puisque, avec ce 1, 78 euro, il faut couvrir les salaires et la protection sociale (le peu qu’il en est…) de toutes celles et de tous ceux qui ont participé à sa fabrication pour la découper, la teinter, l’assembler, la coudre, l’emballer, etc. Ce qui ne laisse pas grand chose pour chacun…». Christian Jacquiau
L’exemple de Total est connu de tous : la société refuse farouchement et systématiquement d’assumer toute responsabilité - qu’elle soit pénale, écologique, éthique, ou politique - sans cesser un instant de communiquer en vantant ses convictions morales et responsables.
A trop vouloir, sans répit, “bourrer” la tête des gens avec l’écologie et le développement durable, c’est l’inverse qui se produit : un rejet ! Entre les fanatiques de l’écologie et les profiteurs qui vous font payer au prix fort de soi-disant produits écolo et bio, les consommateurs font leurs comptes. La conclusion : trop cher, surtout en temps de crise ! L’impression ultime : c’est devenu un business qui profite à certains sans que l’on soit véritablement persuadé de la véracité de l’argumentation.
Les armes de défense contre la publicité
Si les écrans de publicité, directe ou indirecte, qui occupent souvent plus du quart du temps d’antenne, étaient systématiquement zappés par une écrasante majorité des téléspectateurs, que se passerait-il ? Dans un premier temps, les publicitaires feraient tout pour le cacher à leurs clients, et s’entendraient pour que toutes les chaînes qu’ils contrôlent (presque toutes) diffusent leur publicité en même temps. Cela, ils le font déjà.
L’individu, pour se défendre de la publicité, ne peut compter que sur lui-même, et ne pas trop compter sur les institutions. Il doit tout d’abord pouvoir communiquer sa résistance, et dire que la publicité devrait avoir honte d’essayer de nous faire honte pour nous faire consommer, et de réaliser que la publicité nous a déjà déclarée la guerre depuis longtemps. Ce combat mérite d’être mené, car, si nous laissons l’une des pires désuétudes de l’ancien régime (la publicité) pourrir l’une des meilleures opportunités du monde nouveau (le courrier électronique par exemple, mais plus globalement l’Internet), nous aurons perdu l’une de ces batailles qui décident du sort des guerres.
pour le défendre. Le spammeur par exemple agresse mon intimité, il mérite une bonne leçon (effacement automatique, boycott…).
Des individus et mouvements dits « antipubs », généralement petits, morcelés et s’organisant à l’aide de l’Internet, dénoncent le matraquage, l’envahissement, publicitaire et proposent des actions pour «réagir et se protéger».
Très pratiquée par l’association « Paysages de France », qui attaque sur le plan juridique les afficheurs, car beaucoup de panneaux publicitaires sont illégaux (plus d’un tiers de tous les panneaux publicitaires en France) ; les afficheurs profitant de l’inaction de la juridiction (préfets, personnalités politiques) savent qu’ils ont peu à craindre et laissent en place leurs panneaux illégaux, même après avoir été attaqués en justice. Paysages de France possède maintenant une forte expérience juridique concernant l’affichage publicitaire, cette association propose d’ailleurs de l’aide à divers groupes anti-publicitaires locaux afin de faire enlever des panneaux publicitaires.
Mais il y a beaucoup d’autres moyens efficaces pour combattre la pub :
Participer au déversement de prospectus qui a lieu deux fois par an partout en France (annonce sur BAP)
Si le facteur s’obstine à déposer des prospectus chez vous malgré votre refus exprimé, redéposer ces prospectus dans les boîtes jaunes ou dans celles des bureaux de poste
Ne jamais ouvrir un courrier publicitaire; le renvoyer à l’expéditeur après avoir rayé votre nom et marqué “refusé” (ou “décédé”, ou “NPAI”) sur l’enveloppe.
Préférer les cinémas ne diffusant pas de publicités (Ca existe encore)
Vérifier que l’on ne porte aucune marque (aussi petite soit-elle) à l’extérieur de ses vêtements
Concernant les publicités adressées, c’est-à-dire celles qui sont envoyées par courrier à votre nom, l’autocollant stop pub ne peut pas les arrêter cependant il est possible dans ce cas de S’inscrire sur la liste Robinson pour ne plus recevoir de courrier publicitaire « adressé », ce système est mis en place en France par l’Union Française de Marketing Direct
L’apparition sur le marché de télécommandes d’arrêt universelles (comme “TV B gone”) permet d’arrêter les téléviseurs diffusant de la publicité dans les espaces publics ou dans les magasins
Refuser les prospectus et papillons (flyers)
Voici quelques techniques contre la privatisation des lieux publics par les entités commerciales:
Utiliser du blanc d’espagne pour barbouiller sans dégrader.
Réaliser un pochoir.
Liste de petites phrases anti-pubs :
Vous me lisez, je vous piège
Pour tuer une affiche, il suffit de tourner la tête
Deviens comme eux (sur le visage d’un top modèle)
La culture n’est pas à vendre (sur les pubs pour des spectacles)
Libérons nos espaces publics
Publicité partout, beauté nulle part
Consommes et meurt
J’essaie de voir ceux qui parviennent à prédire l’avenir comme de tristes manipulateurs et je les ignore
Où sont les voitures gravitationnelles, les voyages touristiques sur la Lune, les extraterrestres, les machines à voyager dans le temps, les catapultes qui envoient les déchets dans l’espace, les pizzas à hydrater, la météo exacte à la seconde près, la fusion nucléaire comme source d’énergie portative, les médicaments contre le cancer, le sida, qui nous rendent immortels, les robots qui travaillent à la place des hommes, les personnes clonées, l’apocalypse nucléaire, chimico-bactériologique… ? Où est l’homme politique qui change tout, éradique la pauvreté, les famines ? Où est la catastrophe climatique qui nous anéanti? Pourquoi y-a-t-il toujours de la neige sur les montagnes? Pourquoi fait-il toujours froid en hiver? Où est l’économiste qui arrive à prévoir, donc éviter, les crises, et qui parvient à devenir milliardaire grâce à sa remarquable puissance de calcul prédictive? Où est la crème vraiment anti-ride, la lessive qui lave plus blanc que blanc? Où est le gadget qui fait tout?
Il faut bien voir que l’humain est nul pour prévoir le futur, et ce serait faire preuve d’une grosse arrogance, d’un manque de sagesse, et d’exactitude que de croire que l’invention des techniques pour allumer le feu, la roue, la forge, l’imprimerie, l’électricité, les téléphones, l’Internet… sont des inventions qui ont été prévu et anticipé.
Lorsque par exemple Albert Einstein formula l’équation E=MC2, jamais il ne se serait douté qu’elle conduirait à l’élaboration de l’énergie nucléaire, la médecine nucléaire, l’irradiation des aliments, la montée de l’écologisme… Ce serait aussi faire preuve d’une grande mauvaise foie qu’un homme des années 1950 aient pu prévoir que les ordinateurs, qui servaient à faire des calculs simples, allaient un jour servir à jouer, chatter, faire du traitement de texte, produire des graphismes complexes, d’exposer publiquement sa vie privée sur Facebook…
Déjà qu’il est déjà assez compliqué de savoir ce qui se passe dans le présent ou dans le passé, ayons cette lucidité et cette sagesse de voir la prédiction de l’avenir comme parfaitement impossible. Il s’agit de comprendre cette forme de futurologie (même si celui qui prédit l’avenir porte une blouse blanche ou une cravate) comme une pratique aussi superstitieuse que le fait, d’interroger le ciel nocturne, d’interpréter les rêves, de s’en remettre aux prédictions de l’Oracle de Delphes, aux cartes, au Tarot, aux dés, aux ligne de la main, à l’astrologie, aux entrailles des animaux, aux modèles informatiques, aux écologistes, aux prospectivistes…
Par conséquent, il s’agit par exemple de rester sceptique envers ceux qui cherchent par exemple à prédire une catastrophe planétaire (plus en l’an 2000, plus en l’an 2012, plus même en l’an 2050, mais peut en l’an 2100). Ils n’ont en effet aucune idée réelle des impacts futurs des décisions ou des technologies.
Faites un petit exercice. Tentez d’imaginer une nouvelle technologie, et non une déclinaison des technologies existantes. J’ai hâte de recevoir vos commentaires !
Un exemple très caractéristique de notre modernité est par exemple le fait qu’on croit pouvoir anticiper le comportement futur de l’économie, le passage des périodes fastes à la récession ou à la dépression. Les prédictions semblent en effet être surabondantes, mais les connaissances ne sont pas solides. Tout est lié à la conjonction incertaine de l’Etat, du comportement inconnu des entreprises et des individus et, au niveau mondial, de la paix ou de la guerre. Il faut tenir compte aussi d’imprévisibles innovations technologiques ou autres, et de la façon dont consommateurs et investisseurs y réagiront. Ajoutons à cela l’impact variable des exportations, des importations, des mouvements des capitaux, et de la réaction des entreprises, de la population et de l’Etat. Conclusion plus qu’évidente : la résultante de tant d’inconnues ne peut être connue. C’est vrai pour l’économie en général, c’est vrai aussi pour un secteur ou une entreprise en particulier. La prévision économique a toujours fonctionné de cette façon. Et il en sera toujours ainsi.
Néanmoins, dans le monde économique et notamment financier, anticiper, prévoir l’imprévisible est une activité très appréciée et souvent bien rémunérée. Elle peut être la base d’une carrière lucrative, bien que souvent brève. Telle est la source du jugement prétendument informé sur les perspectives générales de l’économie, et sur celles de l’individu impliqué et de l’entreprise concernée. Les professionnels de ce métier croient connaître l’inconnu et , du moins aux yeux des autres, passent pour le connaître; on pense que c’est la recherche qui produit ce type de savoir. Comme les prévisions correspondent à ce que les autres veulent entendre et qu’ils souhaitent en tirer profit ou obtenir un retour sur investissement, l’espérance ou le besoin l’emportent sur la réalité.
Les prévisions d’une société de bourse, d’un économiste de Wall Street ou d’un conseiller financier sur les perspectives économiques d’une entreprise - récession ou restructuration en expansion - sont perçues comme le reflet d’une expertise économique et financière. Et il n’est d’ailleurs jamais facile de contester les prévisions d’un expert. Une prévision antérieure qui s’est révélée par hasard exacte, un étalage massif de graphiques, d’équations et un peu d’aplomb confirment la profondeur de l’analyse. Le mensonge est là. La correction suivra.
Ces formes d’anticipations ont le danger de nous faire vivre fictivement dans le monde des experts, des journalistes, des politiciens ou des publicitaires qui arrivent si bien à prévoir le futur : on anticipe alors sur le fait qu’un jour on pourra devenir un riche oisif des séries télé ou un pipole des magazines, persuadé que cette existence est le bonheur actuel normal.
Cette mentalité futurologique oublie ainsi que l’avenir est ce que nous en faisons. En mythifiant l’avenir, en ayant foi dans le progrès, nous empêchant de voir que perdurent les mêmes pesanteurs économiques, sociales, politiques et culturelles, ne fait pas fonctionner notre civilisation en mode “projet”, mais en mode “bulle spéculative”.
Cette anticipation, cette fiction, cette prévoyance du monde publicitaire d’aujourd’hui nous désespère et nous laisse inerte pour agir aujourd’hui.
J’utilise Google News
Ce site propose un panorama de l’actualité automatiquement sélectionnée et interprétée par des ordinateurs qui peignent quelques milliers de sites dans différentes langues. L’usager peut même concocter un cocktail personnel de sujets, langues, pays et se faire ainsi très vite une idée de ce qui se passe dans les domaines et dans les lieux qui l’intéressent.
Je m’informe avec Reporters d’Espoirs
Une agence de presse, Reporters d’Espoirs, a été créée en 2007 pour diffuser les initiatives concrètes qui changent le monde dans le sens du soutenable. ONG reconnue d’intérêt général créée en 2003, Reporters d’Espoirs a pour mission de promouvoir dans les médias des informations et des contenus porteurs de solutions. En mettant en lumière des informations innovantes et porteuses d’avenir dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux, les journalistes et les médias donnent envie d’agir au plus grand nombre. Le modèle économique de l’agence est une société de type “Social Business” (no loss/no dividend) inventé par Muhammad Yunus (Prix Nobel de la Paix 2006) où les actionnaires récupèrent au maximum le montant de leur investissement actualisé. Ainsi, l’agence peut faire appel à des actionnaires tout en restant dans une logique non lucrative.
Je me désintéresse de la vie des pipoles, et les considère comme des personnes ordinaires
Actuellement, « Cherche le bonheur ! » est interprété comme « Cherche le succès ! » - le bonheur étant défini comme un produit matériel (la richesse), et, par conséquent, indépendant de la vie émotionnelle.
Les pipoles clinquants sont des personnes où les journalistes connaissent le nom et le visage et ils manifestent leur appartenance aux élites avec l’ostentation caractéristique du m’as-tu-vu : le but principal est donc de « connaître quelqu’un » dans les médias (c’est la question que vous pose un éditeur avant de vous demander le sujet de votre livre). Dans ce système, l’objectif d’ascension sociale des anonymes est bien défini : accéder au monde visible des médias, lesquels sont de très loin la plus exposée aux regards et à l’envie. Le projet de vie de l’anonyme est donc susceptible de se fixer sur un rêve fou : devenir un pipole ! Être connu dans la rue ! Et, pour être pragmatique, il n’existe plus qu’un seul moyen d’y parvenir : passer à la télé ! Ensuite, dès qu’on devient un pipole, il suffit d’entretenir son statut (on ne devient pas connu parce qu’on publie des romans, on publie des romans parce qu’on est connu et pour le rester).
Et voilà pourquoi votre télé est stupide, voilà qui explique ces témoignages bidonnés de « vraies gens » prêts à dire ou faire n’importe quoi pour être vus à la télé, voilà qui explique ces concours télévisuels de vulgarité et de soumission pour devenir la nouvelle « star »…, le nouveau pipole.
J’évite de regarder le sport à la télé
Le spectacle publicitaire, le divertissement sportif, totalement artificiel, qu’on consomme, que les médias appellent le sport (on parle même d’olympisme et de modèle pour la jeunesse), envahis de sponsors, de temps en temps truqués, manipulés (résultats, sélections), à l’extrême, où la violence verbale, physique, le dopage, est la norme (crachats, bagarres, insultes…), fait fonctionner la télévision publicitaire, le nationalisme et les mouvements d’argents les plus malsains de l’économie mondiale, et c’est un problème qu’on ne voit pas…
A force de choisir ses politiciens selon les principes de la Star Academy, à force de prendre la distraction télévisuelle du soir ou les catalogues hebdomadaires de pub pour de l’ « information », nous devenons comparables à ces foules désespérantes des IVè et Vè siècles (la décomposition finale de l’Empire romain) qui ne se soucient que des Jeux, des distractions publiques – chassés d’une ville par une attaque barbare, nous disent les historiens, et aussitôt arrivés dans une autre, les réfugiés se renseignaient en priorité sur le programme des Jeux.
III. Vertus physiques : je prends soin de mon corps
Nous ne visons pas l’immortalité, juste la santé, le maintien d’un fonctionnement acceptable du corps : le plus de fonctions possibles (marcher, voir, lire, parler…) le plus longtemps possible. Notre médecine est certes très puissante. Nous savons prévenir et soigner de nombreuses maladies, mais pas toutes les nouvelles, ou celles qui se sont émancipées à cause du mode de vie de nos pays industrialisés : on reconnaît de plus en plus qu’une proportion importante de maladies est la conséquence d’un style de vie nocif. Nombre d’entre elles seront amenées à disparaître si nous vivons d’une manière écologiquement responsable.
Mais nous pouvons agir efficacement et tout de suite à ces nouveaux dangers massifs, scientifiquement confirmés, de l’espèce humaine actuelle, si nous vivons d’une manière écologiquement responsable, particulièrement en ayant un minimum d’information sur la nourriture qu’on absorbe, en entretenant son corps par un minimum d’exercice physique, en arrêtant de fumer (ou en ne commençant pas), et en contrôlant sa consommation d’alcool (ou en ne buvant pas du tout).
Certes, tant qu’on n’a pas de problèmes de santé, on peut vivre en pensant à autre chose qu’au fonctionnement biologique de son corps. C’est bien agréable mais, justement, pour que cela dure, il vaut mieux prendre conscience de ce que vivre signifie, pour son propre corps, c’est-à-dire avant tout en prenant soin de soi-même. Il est d’ailleurs inquiétant que les préoccupations spécifiquement orientés sur la notion de soin le soient souvent sur les « soins palliatifs », s’adressant au malade en tant que personne, à sa famille, et à ses proches, à domicile ou en institution, c’est-à-dire sur le moment où l’intervention médicale, la réparation technique ne sont plus possibles, sur le moment où il faut, à regret et faute de mieux, en revenir au soin. Nous réduisons par conséquent le soin à un palliatif de la technologie alors qu’il devrait être l’âme. Nous le réduisons à l’accompagnement de la mort alors qu’il devrait être accompagnement de la vie : n’attendons pas l’âge de la retraite pour « enfin penser à nous ». La médecine n’est pas un savoir d’expert qu’on doit déléguer, mais quelque chose de l’hygiène de vie.
Que serait le contraire du soin de soi ? La négligence de soi, la déréliction de soi par défaut de mise en oeuvre de ses capacités de consistance. Cette aise malsaine permet de comprendre en particulier la question de l’addiction : une personne accrochée par un produit ou une conduite qui crée de l’addiction n’est plus en état de réellement vouloir. Elle l’était, c’est vrai, lorsqu’elle a commencé, elle l’a voulu. Mais ensuite c’est le produit qui veut à sa place, il a grignoté sa volonté, plus ou moins vite. Après on n’est plus la même personne, on n’a plus la capacité à être soi-même, et on ne prend pas conscience qu’on est dans l’état où on ne voulait pas se retrouver. On ne veut plus en sortir, mais c’est parce qu’on n’est plus le même.
J’essaie d’arrêter de fumer ou je ne commence pas
Je prends conscience de ce que je mange
Dans les pays riches, les gens sont habitués à manger à peu près ce qu’ils veulent, quand ils veulent. Nous pouvons quelque fois n’y attacher pas beaucoup d’importance, et nous ressentons le plaisir de manger, comme un plaisir assez ordinaire, banal, satisfait toutes les quatre heures en moyenne. Certains mangent même en regardant la télévision, en lisant le journal ou en envoyant des SMS, et il arrive même qu’on oublie de remercier la personne qui a préparé le repas qui le sert, et certaines personnes ne sauront dire ce qu’elles mangent : on peut alors se demander, dans certains cas, si elles savent bien qui elles sont…! En général, nous appelons ‘faim’ ce qui est plutôt l’appétit, l’envie de manger lorsque la digestion précédente est terminée et que l’estomac est vide depuis quelques heures au maximum. Et ne plus avoir faim peut signifier : ‘Je sens que si je mange encore je vais vomir…’. Mais il faut prendre au sérieux de ce qu’on mange et on pourrait d’ailleurs importer une idée venue de Chine et d’Inde : l’alimentation fait partie de la médecine préventive, celle qui évite les maladies.
Quand on mange, on se fabrique soi-même à partir des aliments. On fabrique son corps, donc si on mange mal (trop, pas assez, n’importe quoi…), on se néglige, et on se dirige vers des problèmes de santé. Mais on ne fabrique pas que son corps en mangeant, on fabrique son mental. Manger est incroyablement “psychosomatique”, c’est-à-dire que cela impacte à la fois le physique (le corps, le “somatique”) et le psychologique (le mental). Après un repas, on se sent dans un état de bien particulier de bien-être, qui est totalement psychologique. On est de bonne humeur pour interagir avec les autres.
Et si on mange mal , c’est se négliger. Parfois, tout simplement, on mange mal parce qu’on n’a pas les moyens d’acheter de la nourriture plus saine, ou parce qu’on n’a pas l’information sur la manière saine de s’alimenter. Car chez les humains, savoir manger, ce n’est plus un instinct, ce n’est plus naturel, c’est culturel.
Manger, savoir manger, lequel n’est plus un instinct, n’est plus naturel, mais culturel, suppose ainsi une harmonie de toute la personne, physique et psychologique qui permet de trouver sa place dans le monde. Quand on parle de retrouver le ‘goût’ des choses, ou quand on parle du goût de la vie, on a raison : manger est une possibilité de créer du bonheur et de l’harmonie, on peut en faire tout un art, un art de vivre sereinement avec soi même, ses proches, les lointains et la planète.
Je prends l’habitude de me déplacer à pied ou à vélo
En marchant on ne se réapproprie pas seulement l’espace et le temps, on se réapproprie, son propre corps, du temps, de la tranquillité, pour soi, lequel est très particulier : au bout de quelques mètres, de quelques centaines de mètres, la respiration devient plus lente et plus profonde, plus consciente, et l’esprit se pose, il reprend possession de lui-même, car la marche est l’un des usages de base de son propre corps, ses muscles et ses articulations, nécessaires à sa santé (à la circulation du sang, à la digestion, à l’entretien des muscles, des articulations…), nous rendant sensibles à ses besoins et à ses demandes, que nous négligeons normalement. Mon corps reprend donc contact avec moi, et je m’intéresse, je fais attention, à lui : après une bonne marche, on a un sentiment de fatigue agréable, et c’est mon corps qui me demande, de m’asseoir, de rester là un petit moment, pour une fois, et pas quelqu’un d’autre. Mais après être resté recroquevillé pendant des heures à sa table de travail, ou en boule sur le canapé, on déplie son corps avec un certain plaisir et on ressent du bien être à faire quelques pas, même si c’est juste pour aller chercher quelque chose à boire.
Voilà pourquoi la marche est une activité reconnue comme philosophioque. Marcher et penser vont très bien ensemble. Le cerveau apprécie le rythme respiratoire et cardiaque de la marche, le renouvellement lent de l’environnement visuel, et surtout la certitude de disposer de temps, d’un temps qui ne sera pas interrompu, à moins qu’on ait emporté son téléphone mobile… Même si on marche de manière utilitaire, on peut concevoir ce moment comme une sorte de yoga psychologique, une préparation mentale de la journée, ou une récupération. Ce serait un peu dommage d’avoir de la musique plein les écouteurs pendant son yoga, non ? Ou d’être appelé au téléphone ?
La marche impose ainsi un certain rythme dans le rapport à soi, un rythme plus lent et plus naturel que celui qui nous est imposé par la vie moderne. Ce rythme peut être presque hypnotique, on est bercé par sa propre marche, on passe dans un état de rêverie, plus ou moins profonde, comme avant de s’endormir : en marchant dans les rues, sans objectif utilitaire, en flânant, on voit des scènes de la vie humaine, on entre dans l’intimité de certains humains. Les gens qu’on croise, les amoureux des bancs publics et les couples qui se disputent au café, les scènes entrevues par la fenêtre ou les bruits de vie joyeuse qui s’échappent des maisons, tous ces petits moments entrevus sont de petites ouvertures sur des histoires humaines, aussitôt refermées, et qui peuvent être très émouvantes. Les gens qui aiment la vie en ville, en contact avec de la vie humaine, disent qu’ils aiment sentir cette densité de la vie, ce dynamisme, et c’est évidemment en marchant dans la rue qu’on le sent le mieux. Là, on est vraiment sorti du temps utilitaire, du temps réglé et soumis aux impératifs des fonctionnements collectifs : l’école, le travail, les transports.
Peu d’appareils d’exercice physique, même bourrés d’électronique, ont le même potentiel de bienfaits pour le corps que simplement marcher : c’est un vrai soin de soi. Peu de livres ou de sites Web ont le même potentiel pour m’apprendre des choses importantes sur moi et ma vie qu’une petite heure de marche. Sans passer par ces techniques, on peut se fabriquer sa propre méthode de méditation, en donnant à ce terme un sens physique, pas seulement psychologique.
Je me méfie très sérieusement des dérives superstitieuses de la psychologie
« Jamais la psychologie ne pourra dire la vérité sur la folie puisque c’est la folie qui détient la vérité de la psychologie. » Michel Foucault
L’antipsychiatrie a suffisamment souligné en son temps que la maladie mentale n’est pas quelque chose que l’on a, mais quelque chose que l’on fait ou que l’on est. Si l’on ne prend pas en compte que c’est le soi qui est impliqué, la prise en charge biomédicale de l’humeur, c’est-à-dire de la psychologie quotidienne, la prise en charge biomédicale du sommeil, des difficultés de couple, des deuils, du stress professionnel… peut aboutir à des aberrations. Bien que les statuts sociaux des médicaments et de la drogue soient totalement opposés, il n’y a aucune différence chez l’homme entre la dépendance aux benzodiazépines et toute autre dépendance
Pour certains, la conviction centrale sur laquelle convergent les grands courants de l’antipsychiatrie est que l’asile devrait disparaître et les malades retrouver tous leurs droits de citoyens dans une société qui pourrait les accueillir, prendre en compte leurs potentialités créatrices.
Le modèle selon lequel fonctionne couramment la médication psychique abusive a été bien décrit : des patients qui ont une représentation idéologique de la science et de la technologie, y compris biomédicale, expriment leurs difficultés existentielles sous forme de plainte médicale, auprès d’un médecin que sa formation, la culture ambiante et les incitations directives de tous ordres ont réduit à l’action unique de la prescription médicamenteuse de produits psychotropes.
Cette soumission imposée, jusque dans le plus intime de nos vies, est une soumission par principe : c’est la pire. Assumons la puissance de nos savoirs et de nos technologies, en individus responsables et autonomes, ne déléguons pas ce choix à des « experts » aux discours confus et aux arrière-pensées obscures. C’est un combat de résistance civique pour l’humain d’aujourd’hui.
J’évite de prendre l’escalator dans le métro et les ascenseurs dans les immeubles
A tout moment, on peut mettre son corps en exercice et ressentir la satisfaction d’une liberté physique en exercice, se sentir exister.
En montant par le vrai escalier, quand c’est physiquement possible, juste à côté de l’escalier mécanique qui monte tout seul, mais en me transportant comme un paquet, rangé comme les autres paquets humains, et branché sur le système de production et de consommation d’énergie, on peut se sentir très libre et il y a là une vraie éthique du déplacement de soi qui pourrait être significative non seulement en termes d’hygiène de vie, mais engager une véritable micro-politique.
IV. Vertus ordinaires : je prends soin des choses du monde
Dans cette partie nous allons essayer de comprendre que notre planète n’est pas invincible : elle est comme un petit vaisseau spatial perdu dans l’univers qui ne peut compter que sur lui-même. Ce vaisseau spatial contient tout les choses que nous utilisons, consommons, produisons… Tout ce que nous voyons. Et ces choses ne peuvent pas définitivement disparaître, comme un coup de baguette magique : on ne peut rien jeter en dehors de la planète.
On peut en effet avoir l’impression que la poubelle est un objet magique qui fait tout disparaître : l’emballage du gadget qu’on vient d’acheter (et, dans deux ans, le gadget lui-même), la peau de la banane, le gratin de courgettes qu’on ne veut pas finir, la photo de celui ou celle qu’on a tant aimé le mois dernier…
Mais de temps en temps, assez souvent même, il faut que la poubelle soit vidée, par quelqu’un qui ronchonne plus ou moins selon les jours, dans une autre poubelle, et ces superpoubelles de rue sont vidées à leur tour, au petit matin, par des camions, poubelles. Une fois que le camion poubelle a tourné au coin de la rue, il disparaît pour de bon, on ne veut pas savoir ce qu’il va faire de nos déchets, ce n’est plus notre problème. On paie des taxes et des impôts pour oublier tout ça !
Mais si quelqu’un prend sa voiture, un jour, et décide de suivre le camion-poubelle, il sera étonné. D’abord par les quantités d’ordures ménagères qui s’accumulent tous les jours dans les mégapoubelles des villes, ensuite par la manière dont ces quantités immenses sont stockées ou brûlées. Parfois même, les déchets les plus dangereux sont exportés vers des pays pauvres.
Tout ce que nous consommons et tout ce que nous produisons semble ainsi déferler comme un flux, un grand fleuve de matière qui finit aspiré par un petit trou noir, la poubelle, elle-même connectée à un réseau de trous noirs géants, les déchetteries, les usines de retraitement et les décharges. L’univers de la consommation ne pourrait exister sans ces trous noirs : il serait lui-même très vite étouffé par tout ce qu’il produit. La crise écologique actuelle est justement la crainte de ce scénario-catastrophe, qui serait une grève totale des poubelles décidées par la planète, un retour systématique des ordures ménagères à l’envoyeur.
Mais, en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’une décharge, ce n’est pas un vrai néant, ce n’est pas rien, c’est un endroit qui existe, et un endroit qui pue. On s’aperçoit qu’une usine de retraitement des ordures n’est pas un vrai trou noir, comme les trois noirs dans l’Univers, parce qu’il en sort quelque chose, de la fumée, en l’occurence des gaz visibles ou invisibles, qui agissent sur la santé des humains, bien évidemment, et même sur la composition de l’atmosphère.
C’est la raison pour laquelle rien que cette attitude de jeter pose problème, et on se rend compte que tout se joue bien avant le moment où l’on jette. Être jetable signifie en effet qu’on n’a pas besoin d’en prendre soin, on peut en avoir d’autres, neufs, très facilement : on commence par acquérir n’importe quoi, parce qu’on ne sait pas ce qu’on veut ni de quoi on a besoin, puis on jette de manière toujours irresponsable.
Il faut donc que l’objet puisse être entretenu et réparé, pour que le lien avec lui devienne comme une longue histoire amicale, une histoire qu’on peut assumer jusqu’au bout : il faut aussi penser à cela lorsqu’on achète un objet, et même avant, lorsqu’on le conçoit, pour ceux qui le fabriquent.
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